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Mon chat a les oreilles sales ou des croûtes : cérumen, gale d’oreille ou otite ?

Avatar de Manon Serre

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Vous soulevez l’oreille de votre chat pour un câlin et là, surprise : un dépôt sombre, une odeur inhabituelle, ou carrément des croûtes sur le bord du pavillon. Après des années aux soins d’urgence en clinique vétérinaire, je peux vous dire que l’oreille du chat est un petit théâtre à elle seule — la couleur, la texture et l’odeur de ce qu’on y trouve racontent presque toujours ce qui se passe en dessous.

Avant de foncer sur un coton-tige (surtout ne le faites pas, j’y reviens plus bas), observez calmement, à la lumière du jour, les deux oreilles : une différence entre la droite et la gauche est souvent plus parlante qu’un symptôme isolé.

Trois pistes très différentes pour un même signe

Un chat qui se gratte l’oreille ou qui présente un dépôt inhabituel ne souffre pas forcément du même problème qu’un autre. Voici les causes les plus fréquentes, du plus banal au plus urgent à traiter.

Ce que vous observez Cause probable Gravité Que faire
Cérumen brun, sec, en petite quantité, chat qui ne se gratte pas Cérumen physiologique Aucune, c’est normal Rien, ou un nettoyage doux occasionnel
Dépôt noir granuleux, façon « marc de café », les deux oreilles, grattage intense Gale des oreilles (Otodectes cynotis) Modérée, mais très contagieuse Consultation pour un traitement antiparasitaire ciblé
Odeur forte, rougeur, chaleur, chat qui secoue la tête ou penche le cou Otite bactérienne ou à levures Élevée si elle traîne Consultation rapide, ne pas attendre plusieurs jours
Croûtes sèches sur le bord du pavillon, peau qui pèle Gale, allergie cutanée ou coup de soleil (chat blanc) Variable selon la cause Avis vétérinaire pour distinguer les trois

Ce tableau reste un repère, pas un diagnostic : seul un examen à l’otoscope permet de trancher entre ces pistes, d’autant que gale et otite coexistent souvent — la gale, en irritant le conduit, ouvre la porte à une infection secondaire.

Le cérumen normal ne sent (presque) rien

Un chat en bonne santé produit un peu de cérumen, c’est physiologique. La règle que je donne toujours en consultation : peu de quantité, pas d’odeur, pas de grattage égale rien d’inquiétant. Dès qu’un de ces trois critères bascule — beaucoup de dépôt, odeur de levure, chat qui se gratte au sang — direction le vétérinaire.

La gale d’oreille, une hypothèse à ne pas écarter trop vite

L’acarien responsable, Otodectes cynotis, est minuscule, invisible à l’œil nu, et se plaît particulièrement chez les chatons et les chats qui sortent ou qui ont côtoyé d’autres animaux. Cet acarien de la famille des Psoroptidae est responsable de la plupart des gales auriculaires chez le chat et le chien, ce qui explique la contagion facile entre congénères — y compris vers un chien du même foyer, par simple contact rapproché ou partage d’un panier. Un traitement antiparasitaire adapté (jamais un produit pensé pour le chien sans validation vétérinaire, certaines molécules étant toxiques pour le chat) vient à bout de l’acarien en quelques semaines, mais cible souvent l’animal ET ses compagnons de vie pour éviter une réinfestation en boucle.

Pourquoi bannir le coton-tige

Le conduit auditif du chat forme un coude en L : pousser un coton-tige dedans tasse le cérumen et les débris tout au fond, contre le tympan, au lieu de les faire sortir. Le bon geste : une compresse ou un carré de gaze imbibé d’un nettoyant auriculaire adapté aux chats (jamais d’eau savonneuse ni d’alcool sur une peau irritée), passé uniquement sur la partie visible du pavillon et l’entrée du conduit, sans jamais forcer en profondeur. Si le chat panique, saigne ou crie dès qu’on approche l’oreille, mieux vaut arrêter là et laisser faire le vétérinaire, seul à disposer d’un otoscope pour voir ce qui se passe réellement au fond du conduit.

Un geste à intégrer dans la routine, pas une inspection quotidienne

Inutile de soulever les oreilles de votre chat tous les jours, ce serait plutôt contre-productif : à force de manipulation, on irrite une zone naturellement sensible. Un coup d’œil rapide une fois par semaine, à l’occasion d’une caresse ou d’une séance de brossage, suffit largement à repérer une évolution. Les chats à oreilles tombantes ou très poilues (certains persans, par exemple) méritent une attention un peu plus régulière, la ventilation du conduit y étant naturellement moins bonne, ce qui favorise l’humidité et donc les proliférations bactériennes ou fongiques.

Quand consulter sans attendre

Certains signes méritent un rendez-vous rapide plutôt qu’une observation prolongée à la maison : tête penchée en permanence d’un côté, perte d’équilibre, oreille chaude et douloureuse au toucher, écoulement jaunâtre ou nauséabond, chat qui se gratte jusqu’au sang. Une otite négligée peut, dans de rares cas, atteindre l’oreille interne et provoquer des troubles neurologiques — un motif suffisant pour ne jamais « attendre que ça passe ». Pour trouver un praticien près de chez vous, l’annuaire de l’Ordre national des vétérinaires est un bon point de départ.

Comme toujours en matière de santé féline, ce que vous observez dans l’oreille reste un repère, jamais un diagnostic : seul un examen clinique permet de trancher entre cérumen banal, gale et otite. Pour la routine d’hygiène au quotidien, un tour du côté de notre rubrique vie pratique peut vous être utile ; et si vous vivez avec plusieurs félins, notre rubrique chats regroupe d’autres repères sur leur comportement et leurs petits maux.


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